Phlébite et vol aérien : quoi de neuf? - 22/01/2007

On sait désormais qu’il existe une association entre le risque de phlébite et le voyage, en particulier le voyage aérien. Les résultats sont encore préliminaires et les études trop peu nombreuses pour établir des recommandations, mais un spécialiste ébauche déjà quelques conseils pour les voyageurs en avion.

Lorsque l’on parle de voyage en avion et de maladie veineuse, on ne peut négliger la question du risque de phlébite (ou thrombose veineuse), cet accident déclenché par la formation d’un caillot dans une veine. On pense aussi à l’embolie pulmonaire - quand le caillot migre et va boucher une veine à distance - car les quelques cas, même rares, sont marquants.

Ce que l’on sait aujourd’hui

Aujourd’hui, quelques études – encore insuffisantes – se sont consacrées à cette association et les experts sont d’accord sur plusieurs points : d’abord, il existe probablement un lien entre vol aérien et thrombose veineuse profonde. Ensuite, cette association n’est apparemment pas fréquente et elle affecte principalement les passagers ayant des facteurs de risque les prédisposant à la maladie thrombo-embolique. Ces mêmes risques existent d’ailleurs aussi avec d’autres moyens de transport… Enfin, les données actuelles ne permettent pas une estimation du risque annuel, notamment car les données de la littérature sur l’estimation du risque absolu de thrombose ne sont pas toujours concordantes. De ce fait, aucune recommandation de santé publique ne peut être donnée actuellement : tous les spécialistes ainsi que les compagnies aériennes s’accordent pour dire que des études ultérieures doivent être menées.

Quelques avancées dans les études récentes

Des études récentes éclairent cependant sur quelques points : la première (1) a comparé un groupe voyageant avec chaussette de compression et un groupe voyageant sans. Le groupe sans compression présentait 10% de thrombose veineuse profonde du mollet alors qu’il n’y en avait aucune dans le groupe avec compression.

Une autre étude (2) montre l’avantage d’une médication préventive pour les passagers à haut risque : le groupe à qui l’on avait donné de l’héparine de bas poids moléculaire (médicament anticoagulant) n’a souffert d’aucune thrombose veineuse, contrairement au groupe sans prophylaxie et à celui à qui l’on avait donné de l’aspirine.

Enfin, les auteurs d’études portant sur la coagulation et le gonflement de jambe après 8 heures de vol en avion ou en autocar (3) recommandent le port d’une contention pendant et après le vol. L’œdème pourrait en effet continuer à augmenter dans les membres inférieurs après des vols de longue distance. Cette étude n’a pas noté de différence de risque entre voyage en avion ou en car.

Afin d’éclairer les nombreux points encore dans l’ombre, un projet de grande ampleur est en cours, sous les auspices de l’OMS. C’est le projet WRIGHT : WHO (World Health Organization) Research Inititative on Global Hazards of Travel. Fin 2005, il a donné quelques résultats préliminaires, qui ont confirmé le lien entre voyage aérien et augmentation du risque de thrombose veineuse, et souligné l’absence d’augmentation du risque chez les pilotes.

Les conseils d’un expert

Dès aujourd’hui, qu’est-ce qui peut être proposé au 1,5 milliard de voyageurs qui continuent à prendre l’avion chaque année ? Le Pr Bo Eklof, de l’American Venous Forum et de l’University of Lund en Suède, avance quelques conseils :

  • Les facteurs de risque liés à la cabine pouvant induire une augmentation de la coagulation et une stase sanguine (ralentissement ou arrêt du courant circulatoire) peuvent être corrigés simplement. Il faut d’abord boire beaucoup de liquide sans alcool afin d’éviter la déshydratation, et bouger les pieds et les jambes, respirer profondément sur son siège, plusieurs fois par heure, pour éviter l’accumulation de sang dans les jambes.
  • En ce qui concerne les facteurs de risque liés au passager : tous les passagers qui ont une tendance à l’œdème des chevilles et ceux qui présentent des facteurs de risque thrombo-embolique devraient certainement bénéficier du port de chaussettes de compression pendant le vol.
  • Les passagers avec des facteurs de risque sévères, comme un antécédent de thrombose veineuse profonde ou d’embolie pulmonaire, avec une hypercoagulabilité acquise ou congénitale, les opérés récents, les cancéreux et les obèses doivent avoir d’autres mesures de prévention et discuter avec leur médecin d’une prophylaxie par les héparines de bas poids moléculaires pendant le vol.

Comme le souligne le Pr Eklof en conclusion, le principal problème reste celui des jeunes passagers, avec des facteurs de risque méconnus comme un facteur V Leyden (qui entraîne un défaut de coagulation), sous pilule contraceptive et chez lesquels les effets néfastes de la cabine vont s’ajouter pendant un vol de longue durée.

1. Scurr JH et al. Frequency and prevention of symptomless deep-vein thrombosis in long-haul flights: A randomized trial. Lancet 2001; 357: 1485-89.

2. Cesarone MR et al.Venous thrombosis from air travel: The LONFLIT 3 study. Prevention with aspirin vs low-molecular-weight heparin (LMWH) in high risk subjects: A randomized study. Angiology 2002; 53: 1-6.

3. Schobersberger W et al, Changes of biochemical markers and functional tests for clot formation during long-haul flights. Thrombosis Research 2003;108:19-24. + Mittermayr M et al. Formation of edema and fluid shifts during a long-haul flight. J Travel Med 2003;10:334-339 + Schobersberger W et al. Coagulation changes and edema formation during long-distance bus travel. Blood Coagul Fibrinolysis 2004;15: 419-425

Source : Communication de Bo Ekloff aux Journées internationales francophones d’angéiologie, Paris, Janvier 2006

Hélène Jolly

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