Le déremboursement, source d’économie ? - 15/11/2003

A l’heure où les autorités sanitaires françaises envisagent de « dérembourser » les veinotoniques jugeant qu’ils coûtent trop chers, nous avons interrogé le Pr Emile Levy, éminent économiste de la santé dont les travaux sur le coût social de la maladie veineuse font référence dans le monde entier.

Pour les autorités sanitaires, les veinotoniques coûtent trop chers à la collectivité. A combien évalue-t-on ces dépenses de santé ?
Pr Emile Lévy : Nous devons manier les données avec précaution car il y a deux notions distinctes : d’une part les dépenses présentées au remboursement, d’autre part les remboursements effectués. Pour l’année 2001, 426 millions d’euros ont été présentées au remboursement pour les veinotoniques. Mais le taux de remboursement de ces médicaments est en moyenne de 42 %. Dans les faits seulement 178 millions d’euros ont donc été remboursés. C’est ce dernier chiffre que l’on doit retenir si on souhaite évaluer le coût pour la collectivité. Il faut savoir que le remboursement des médicaments s’élève à 15 milliards d’Euros, les veinotoniques ne représentent donc qu’une très faible part de ces dépenses.

Combien de personnes ont aujourd’hui recours à ces traitements ?
Pr Emile Lévy : Nous estimons que près d’une personne sur deux, 47,4 % de la population exactement, souffre de troubles veineux. Mais seulement 12,7 millions de personnes sont traitées. Parmi elles, 11,4 millions ont recours à des veinotoniques, dont 8,6 millions prescrits par leur médecin, c’est-à-dire 18,3 % de la population. Ces malades sont majoritairement des femmes (71%). Mais l’âge est également un facteur déterminant car 61 % des patients à plus de 50 ans, 58 % sont retraités.

Que se passera-t-il demain lorsque ces médicaments ne seront plus remboursés ?
Pr Emile Lévy : Il est très difficile de prévoir les conséquences de cette décision. Cette mesure a déjà été prise en Italie et on y observe depuis le déremboursement des phlébotropes, une augmentation sensible des séjours hospitaliers ayant pour cause la maladie veineuse. Mais il faut admettre que cette augmentation est n’est pas facile à chiffrer. Néanmoins, on peut imaginer qu’il y aura une substitution des traitements. Et en la matière, on peut se référer à l’exemple américain, pays dans lequel il n’y a jamais eu de phlébotropes. On sait qu’à la place des veinotoniques, les médecins prescrivent, des antalgiques, des anti-inflammatoires et même des antidépresseurs...

Cela signifie qu’en l’absence de veinotoniques, les médecins prescrivent d’autres médicaments ?
Pr Emile Lévy : C’est ce qui se passe Outre-Atlantique. En France, si les autorités sanitaires « déremboursent » les phlébotropes, il est probable que les médecins modifient leur comportement. C’est d’ailleurs ce que laissent penser les résultats d’une récente étude menée par le Cresge dans le cadre de la pathologie veineuse. Les médecins, pour répondre aux demandes de soins des patients, n’auront d’autre choix que de prescrire des antalgiques et des anti-inflammatoires. Nous ne savons pas encore si ces substitutions seront nombreuses, fréquentes… mais ce que nous savons, c’est que ces classes médicamenteuses sont plus coûteuses...

Propos recueillis par Valérie Brouchoud

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