Combien de personnes ont aujourd’hui recours
à ces traitements ?
Pr Emile Lévy : Nous estimons que près d’une personne sur
deux, 47,4 % de la population exactement, souffre de troubles veineux. Mais
seulement 12,7 millions de personnes sont traitées. Parmi elles, 11,4
millions ont recours à des veinotoniques, dont 8,6 millions prescrits
par leur médecin, c’est-à-dire 18,3 % de la population.
Ces malades sont majoritairement des femmes (71%). Mais l’âge est
également un facteur déterminant car 61 % des patients à
plus de 50 ans, 58 % sont retraités.
Que se passera-t-il demain lorsque ces médicaments
ne seront plus remboursés ?
Pr Emile Lévy : Il est très difficile de prévoir les conséquences de cette décision.
Cette mesure a déjà été prise en Italie et on y
observe depuis le déremboursement des phlébotropes, une augmentation
sensible des séjours hospitaliers ayant pour cause la maladie veineuse.
Mais il faut admettre que cette augmentation est n’est pas facile à
chiffrer. Néanmoins, on peut imaginer qu’il y aura une substitution
des traitements. Et en la matière, on peut se référer à
l’exemple américain, pays dans lequel il n’y a jamais eu
de phlébotropes. On sait qu’à la place des veinotoniques,
les médecins prescrivent, des antalgiques, des anti-inflammatoires et
même des antidépresseurs...
Cela signifie qu’en l’absence de veinotoniques,
les médecins prescrivent d’autres médicaments ?
Pr Emile Lévy : C’est ce qui se passe Outre-Atlantique. En France,
si les autorités sanitaires « déremboursent » les
phlébotropes, il est probable que les médecins modifient leur
comportement. C’est d’ailleurs ce que laissent penser les résultats
d’une récente étude menée par le Cresge dans le cadre
de la pathologie veineuse. Les médecins, pour répondre aux demandes
de soins des patients, n’auront d’autre choix que de prescrire des
antalgiques et des anti-inflammatoires. Nous ne savons pas encore si ces substitutions
seront nombreuses, fréquentes… mais ce que nous savons, c’est
que ces classes médicamenteuses sont plus coûteuses...
Propos recueillis par Valérie Brouchoud