La classification CEAP est une échelle internationale qui tient compte de l'aspect Clinique, de l'Etiologie, de l'Anatomie et de la Physiopathologie de l’insuffisance veineuse ; les signes cliniques (C de CEAP) sont gradués de 0 à 6. Proposée lors de la conférence de consensus à Hawaï en 1995, elle est aujourd’hui largement adoptée, et a été utilisée dans les études épidémiologiques récentes dont les résultats ont été comparés. Grâce à ces comparaisons, des facteurs de risque ou de protection face à l’insuffisance veineuse ont pu être mis en lumière.
Dans la « Bonn Vein Study », mise en place par la Société Allemande de Phlébologie (E. Rabe, Allemagne), 3000 sujets ont été inclus après sélection par randomisation. La prévalence de la maladie est identique quel que soit le sexe, à l’exception des varices et de l’œdème qui sont plus fréquents chez la femme. Le nombre de grossesses est un facteur de risque de la survenue des varices. Les autres facteurs de risque de la maladie veineuse chronique sont l’obésité et un milieu socio-économique défavorisé. A l’inverse, les hormones sexuelles féminines (contraceptifs oraux et traitements substitutifs de la ménopause) réduisent l’incidence des stades avancés de la maladie veineuse chronique.
L’étude brésilienne réalisée à Sao Paulo (Brésil) par A. Scuderi a confirmé que les grossesses étaient un facteur de risque du développement des varices. La cohorte analysée regroupait 2100 sujets qui se présentaient dans une consultation hospitalière, à l’exception de la consultation de maladie vasculaire. Dans cette population, 66% des hommes ne présentaient pas de signes de maladie veineuse chronique ; 46% des femmes entre 14 et 22 ans n’en présentaient pas non plus. Dans la tranche d’âge située entre 23 et 48 ans, l’absence de varices n’était plus que de 10% chez les femmes qui avaient eu au moins une grossesse.
AM Van Rij (Nouvelle Zélande) s’est intéressé à l’influence du poids sur la santé des veines : en retenant comme critère d’obésité un index de masse corporelle (IMC) supérieur à 30, il a mis en évidence une augmentation de la pression veineuse ambulatoire et des ulcères veineux chez les malades obèses présentant des varices, par rapport aux mêmes malades non obèses. Toutefois, ceci n’est vrai que chez les femmes.
Les études de Bochum (I à IV), réalisées par U. Schultz -Ehrenburg (Allemagne), ont quant à elles pointé l’intérêt de la mise en évidence précoce du reflux dans le réseau veineux superficiel. Cette identification précoce permet en effet de proposer des mesures préventives.
L’auteur a suivi pendant 20 ans un groupe d’écoliers dont l’examen initial se situait entre 10 et 12 ans. Les veines réticulaires, veines sous dermiques dilatées dont le diamètre peut atteindre 4 mm mais qui ne sont pas palpables, apparaissent très précocement. Leur pourcentage est de 11% à 10 ans, et atteint 75% à 30 ans. Les télangiectasies (varicosités) apparaissent plus tardivement : absentes à 10 ans, elles sont notées dans 50% des cas à 30 ans. Ces veines intradermiques dilatées ont un diamètre moins important que les veines réticulaires, et forment de fines lignes rouges ou violettes de quelques mm à quelques cm de long, rectilignes ou sinueuses. Elles dessinent souvent des réseaux, parfois de minuscules étoiles.
Des reflux de sang vers les chevilles (reflux veineux) ont été détectés dans 12% des cas chez les enfants alors qu’ils ne présentaient pas de varices. A 30 ans, 26% présentaient un reflux veineux, et 12% des varices. On peut donc en déduire que la présence d’un reflux précède généralement l’apparition des varices et devrait permettre des mesures ou un traitement préventif. Pour étudier ces reflux, l’écho Doppler est l’investigation de choix.
En utilisant l’écho Doppler pour étudier les reflux veineux et l’implication des veines perforantes, M. Sakata (Japon) a mis en évidence une corrélation entre la prévalence d’un reflux veineux profond et une incompétence des perforantes chez les patientes classées C4-C6, patientes qui présentent des troubles trophiques (troubles cutanés provoqués par les varices : brunissement, apparition de taches appelées dermite ocre ou eczéma qui, en évoluant, peuvent se transformer en ulcère variqueux).
L’origine de ces troubles trophiques a été éclaircie dans le cadre d’études sur les valvules veineuses. Ces études sont venues à bout d’idées fausses sur les valvules, ces petites membranes qui empêchent le reflux veineux et aident à ramener le sang de la périphérie au cœur. Contrairement à ce qu’il était admis, les valvules veineuses ne sont pas présentes uniquement dans les veines, mais également au niveau des veinules et des capillaires. C’est AM Van Rij (Nouvelle Zélande) qui a identifié ces valvules dans les veinules de moins de 20 microns, en utilisant un microscope électronique. Chez les malades qui présentent une maladie veineuse chronique, un reflux a été mis en évidence aussi bien dans les veinules que dans les veines. On admet actuellement que cet élément peut être à l’origine des troubles trophiques.
Source : IVDF Special 2 Congrés de l’IUP San Diego , 23-27 Août 2003
Par le groupe de jeunes experts : G Biolik (Pologne), Y Blomme (Belgique), V Bogachev (Russie), A Gabrusziewicz (Pologne), E Iborra (Espagne), B Partsch (Autriche), E Puras Mallagray (Espagne), D Righi (Italie)