Siège d’un véritable bouleversement hormonal, la grossesse représente une épreuve difficile pour le système veineux. Elle peut aggraver une insuffisance veineuse déjà présente, ou mettre à jour une maladie sous-jacente jusque-là ignorée. Pour protéger ses jambes, un conseil : ne pas négliger le lien entre veines et grossesse.
Face à l’insuffisance veineuse, pas d’égalité des sexes. Pour les hommes, l’évolution de la maladie dépend de facteurs comme l’âge, les antécédents ou la profession, mais pour les femmes, elle est aussi soumise à la « météo hormonale ». Chaque changement hormonal peut avoir des répercussions. Et en terme de météo, la grossesse est une véritable tempête…
Chez les femmes enceintes, des problèmes veineux peuvent apparaître ou soudain s’aggraver. Les principales responsables sont les hormones sexuelles, qui augmentent fortement pendant la grossesse. « Les oestrogènes et surtout la progestérone ont un effet délétère sur les veines, explique le Dr Michel Schadeck, phlébologue. Le bouleversement hormonal lié à la grossesse va dès les premiers jours avoir des répercussions sur la résistance et l’élasticité des parois veineuses ». Les veines ont alors tendance à se dilater, ce qui peut conduire à un reflux veineux et à l’apparition de varices.
Si le rôle des hormones est prépondérant chez la
femme enceinte, d’autres facteurs de risque entrent en jeu. Il
existe notamment un facteur hémodynamique : pendant la grossesse,
le retour veineux vers le cœur va se faire plus lentement, à cause
de l’augmentation de la pression intra-pelvienne (au niveau du
petit bassin) et du volume de sang qui circule. En revanche, le poids
du bébé n’y est pour rien. « On entend parfois
dire que le bébé obstrue le petit bassin et va entraîner
la survenue des varices, note le Dr Schadeck. C’est une idée
fausse ! »
L’âge et le nombre de grossesses à terme, souvent liés,
représentent des facteurs de risque connus. « On a tendance à penser
que s’il n’y a pas de pathologie variqueuse marquée au départ,
une femme plus âgée souffrira plus de ses veines pendant la grossesse,
même s’il n’y a malheureusement pas d’étude
pour le confirmer », souligne le Dr Schadeck. Enfin, les facteurs de
risque chez la femme enceinte sont les même que ceux qui interviennent
en règle générale dans la maladie veineuse : hérédité,
station debout prolongée, exposition à la chaleur, chauffage
par le sol, certains facteurs alimentaires et compressions vestimentaires.
Lors de la première grossesse, on considère que 10 à 20% des femmes ont un risque d’insuffisance veineuse. Ce risque double quasiment à la deuxième grossesse et augmente ensuite avec le nombre de grossesses à terme. La deuxième grossesse est un tournant délicat et peut représenter un facteur révélateur des signes de maladie veineuse. « La première grossesse va souvent être une fausse sécurité si rien ne se passe, explique le Dr Schadeck. Elle peut empêcher de croire qu’il existe une pathologie et pourtant masquer des problèmes sous-jacents, qui se révèleront de façon catastrophique lors de la deuxième grossesse. » Une première grossesse sans varice ne garantit donc pas le même scénario pour les grossesses suivantes.
Souvent, les problèmes veineux sont d’abord une préoccupation
esthétique pour les femmes enceintes. Mais ils peuvent révéler
une pathologie sous-jacente et chaque nouvelle grossesse risque de faire
réapparaître ou d’aggraver l’insuffisance veineuse.
Il vaut donc mieux ne pas en sous-estimer les signes, et ne pas attendre
pour s’en préoccuper.
Hélène Jolly
> Insuffisance veineuse : le parcours de soins d’une femme enceinte