La pression veineuse du membre inférieur normal chez l’homme : données hémodynamiques

Pour la première fois, une étude démontre que la pression veineuse chez l’homme est liée dans une certaine mesure à l’activité musculaire, à la mobilité articulaire, à la masse musculaire du mollet, au poids et à la taille. Maintenant, de plus amples investigations doivent être menées pour relier ces données aux problématiques d’insuffisance veineuse.

Pour assurer un retour veineux normal du membre inférieur chez l’homme, deux systèmes agissent conjointement : la pompe musculaire et le système de valves réparties sur le réseau veineux. La moindre anomalie dans ce fonctionnement (une mobilité réduite par exemple) altère l’hémodynamique veineuse et peut entraîner l’apparition de symptômes ou de signes que l’on regroupe sous l’appellation d’insuffisance veineuse chronique.

Une fonction valvulaire normale a toujours été considérée comme la clé d’un retour veineux efficace. À l’inverse, une incontinence valvulaire veineuse produit des effets délétères, qui se traduisent par une hypertension veineuse distale (à la cheville et au pied). Cet article traite de paramètres anthropomorphiques connus comme la taille, le poids, la masse musculaire, et de leur effet sur la fonction veineuse. Ces éléments ont une influence particulière sur la pression veineuse, à l’état statique ou dynamique. L’étude expérimentale décrit les effets de l’activité musculaire et de la mobilité articulaire sur la vidange veineuse d’un membre inférieur normal.

Méthodes

Vingt sujets jeunes et sains ont été étudiés (10 hommes, 10 femmes, âge moyen 25,6 ± 3,1 ans). L’examen clinique et l’étude de leurs antécédents avaient permis d’écarter toute dysfonction veineuse. La mesure de la pression veineuse était réalisée en ponctionnant une veine dorsale du pied. Aucune médication n’a été administrée. L’exercice consistait en 10 flexions dorsales du pied et la présence d’un reflux veineux était recherchée par écho-Doppler pulsé couleur. L’activité musculaire lors de l’étude était modifiée en utilisant différentes vitesses de marche et pentes du tapis roulant. La mobilité articulaire était réduite au moyen d’appareils fixés sur les articulations de la cheville et du genou. La pression veineuse était mesurée au repos et après différents degrés d’exercice.

Résultats

Quatre conclusions principales se dégagent de l’étude :

1. l’efficacité de la pompe musculaire est augmentée par une activité musculaire plus intense

2. l’efficacité de la pompe musculaire est diminuée par la restriction de la mobilité articulaire

3. un poids et une taille plus élevés et une circonférence du mollet augmentée entraînent une augmentation de la pression veineuse de repos et une plus grande diminution de la pression veineuse à la marche

4. les pressions veineuses de repos et le temps de retour à une pression veineuse minimale de marche sont plus basses chez les femmes, mais l’efficacité de la pompe musculaire veineuse est identique dans les deux sexes

Discussion

Les conclusions de cette étude portent sur des individus jeunes sans anomalie veineuse. Or chez les patients qui présentent des anomalies veineuses, la mesure de pression veineuse n’est pas entièrement satisfaisante pour évaluer l’hémodynamique veineuse. Dans l’incontinence valvulaire, la mesure de la pression veineuse ne donne qu’une valeur globale de la fonction du membre étudié et ne fournit pas d’information sur les différents compartiments pathologiques.

Un autre sujet de controverse concerne la mobilité articulaire et la vitesse de déambulation. L’augmentation de la vidange veineuse du système veineux superficiel vers le système profond a une limite. A partir d’une certaine vitesse de marche, cette vidange atteint un maximum, qui ne peut être dépassé même si l’on augmente la vitesse. De plus, l’interaction entre la vitesse de marche et la restriction de la mobilité articulaire n’est pas bien établie. Ce travail montre qu’une mobilité réduite entraîne une augmentation de la pression veineuse ambulatoire, mais à l’inverse le remplissage veineux est tout à fait indépendant de la mobilité articulaire et de l’activité musculaire.

Malgré tout, cette étude démontre pour la première fois que la pression veineuse chez l’homme est liée dans une certaine mesure à l’activité musculaire, à la mobilité articulaire, à la masse musculaire du mollet, au poids et à la taille. Ceci est important et devra être pris en compte dans les travaux de recherche, l’évaluation clinique et les expertises.

Rappelons que l’insuffisance veineuse chronique est un critère clinique identifié dans diverses maladies veineuses. Il est également admis que l’augmentation de la pression veineuse est un élément commun à différentes dysfonctions veineuses. Ce qui nous manque, c’est une corrélation précise entre l’importance de l’augmentation de la pression veineuse et les diverses perturbations hémodynamiques engendrées. Des études devront donc être réalisées sur des personnes souffrant d’insuffisance veineuse, pour affirmer la pertinence clinique des schémas anthropomorphiques.

Résumé et commentaire : Cairols M, Professeur de chirurgie, Chef de service vasculaire Hôpital Universitaire de Bellvitge, Barcelone, Catalogne, Espagne.

Article original: Kugler C, Strunk M, Rudofsky G. J Vasc Res.2001;38:20-29.

> Modifications des fibres élastiques et collagènes dans les varices