Comment limiter les risques d’insuffisance veineuse au travail ?

Au travail, certaines positions, certaines tâches, constituent des facteurs de risque prouvés d’insuffisance veineuse. Le premier coupable est la station debout immobile prolongée, aggravée par l’atmosphère chaude et humide, le port de charges ou les piétinements. Comment en limiter les effets à l’échelle collective ou individuelle ? Peut-on adapter le poste de travail dans les professions à risque ? Doit-on jouer en priorité sur la prévention ? Tour d’horizon des façons de protéger ses jambes au travail.

Coiffeurs, serveurs, infirmières de bloc opératoire, pharmaciens ou hôtesses de l’air ont dans leur profession un point commun : dans une journée de travail, ils doivent tous rester debout pendant plusieurs heures. Or lors des stations debout prolongées, la pression veineuse est augmentée au niveau des jambes, car le retour du sang se fait mal. S’il existe des piétinements autour du poste de travail, ou une manutention de charges, la pression sera encore accrue. Une situation qui peut être très nocive pour les veines. Pour retrouver les bénéfices de la contraction des muscles des membres inférieurs et activer le retour du sang vers le cœur, il faut alors réellement marcher. Après une immobilité prolongée, au moins sept pas sont nécessaires pour que la pression sanguine au niveau des pieds revienne à la pression de base.

Une meilleure ergonomie du poste de travail

Pour limiter les risques d’insuffisance veineuse, il faudrait avant tout arriver à limiter les stations debout prolongées, qui représentent le premier facteur de risque. Premier réflexe : trouver une bonne ergonomie du poste de travail et, selon le Pr Catilina, « essayer de faire travailler ces personnes en enrichissant leur tâche, en les amenant à opérer quelques déplacements, en leur fournissant quelques zones d’appui fessier, en maîtrisant l’ambiance thermique et en fractionnant le port de charges ». Ce qui est souvent loin d’être évident… Car si les coiffeuses ou les infirmières peuvent éventuellement tolérer une adaptation et travailler tantôt debout, tantôt assises, les serveurs ou blanchisseuses sont beaucoup moins libres. Une étude épidémiologique 1 menée auprès de plus de 5000 femmes en activité professionnelle souffrant d’insuffisance veineuse illustre bien cette difficulté de lutter contre les facteurs de risque. Selon elles, les conditions d’évolution de l’ergonomie du poste de travail sont faibles : 9,2% seulement considèrent qu’il existe une possibilité de réduire la durée de leurs stations debout prolongées, 10,1% leurs positions assises, et 12,9% les sources de chaleur auxquelles elles sont exposées. En particulier, 74,3% déclarent ne pas avoir de pauses suffisantes pour reposer leurs jambes, et 38,9% ne pas avoir la possibilité de faire un peu de marche.

La solution : une protection en amont ?

Si l’adaptation des conditions de travail est souvent délicate, il faut alors jouer sur une autre prévention. D’abord, agir sur tous les autres facteurs de risque modulables : lutter contre l’excès de poids, éviter de porter des vêtements serrés à la taille, adopter une hygiène de vie correcte (alimentation équilibrée, activité physique). La prévention passe aussi par le médecin du travail, mais il n’est malheureusement pas assez souvent sollicité. L’insuffisance veineuse n’est abordée que dans 20% des cas, et 2 fois sur 3 à l’initiative du patient 2… Avec les médecins généralistes, les médecins du travail représentent pourtant d’importants relais vers les spécialistes. Et « en ayant une relation précoce, ajustée et durable avec les angiologues, on peut proposer des schémas de prévention adaptés, assure le Pr Catilina. Par exemple, on peut associer gymnastique, phlébotoniques, contention, et jouer avec ces éléments pour mettre en place une stratégie préventive médicale adaptée, toutes les fois où la personne occupe un poste à risque. Le but est d’agir suffisamment tôt pour ne pas arriver au stade ultime de détérioration irréversible des veines, où apparaissent les varices. Il y a la place pour une prévention si elle est bien conduite, bien mise en place. Et elle ne réside pas forcément dans le changement de l’ergonomie du poste de travail, car souvent, l’ergonomie peut peu… »

L’importance de la prévention individuelle

Tout le milieu du travail doit donc être mobilisé autour de ces risques professionnels, et chacun a un rôle à jouer. Par exemple, il est important que la personne ait la possibilité de se soustraire pour une durée plus ou moins longue au facteur de risque veineux.

Au travail, chacun peut se mobiliser pour limiter l’impact des facteurs de risque. Quelques mouvements simples peuvent apporter des bénéfices. Réalisés aussi souvent que possible, ils aident à tonifier les muscles posturaux qui soutiennent les veines. En voici quelques exemples :

  • changer de position régulièrement, déambuler, que l’on travaille assis ou debout, cela permet de remettre en marche la pompe musculaire (en marchant au moins 7 pas)
  • effectuer quelques mouvements de la cheville ou du mollet, pour aider à ramener le sang vers le cœur
  • pratiquer des mouvements de flexion-extension de la cheville
  • éviter de croiser les jambes
  • contracter les muscles des cuisses
  • faire des mouvements de respiration ample

N’oublions pas enfin l’importance d’être équipé de chaussures convenables, dans lesquelles l’appui plantaire est satisfaisant.

Essayer d’améliorer l’ergonomie du poste de travail, ne pas hésiter à se tourner vers le médecin du travail pour mettre en place une prévention adaptée et faire quelques gestes simples au travail… il ne faut rien négliger pour lutter contre les facteurs de risque d’insuffisance veineuse. C’est en réagissant à temps que l’on peut vraiment protéger ses veines.

1 et 2 : C. Caussé, Angéiologie 2003, Vol. 55, n°1, 51-58

Hélène Jolly

> Interview du Dr Catilina