Certains facteurs de risque professionnels sont aujourd’hui indiscutables ; c’est le cas notamment du travail debout. Celui-ci est susceptible de déclencher l’insuffisance veineuse et les varices, et pas uniquement de les aggraver. Les études réalisées ces dernières années permettent de quantifier les différents facteurs de risque, et de connaître leur part de responsabilité dans le déclenchement de la maladie. Les professions les plus exposantes sont bien identifiées, mais malheureusement pas toujours suffisamment considérées. Pourtant, l’insuffisance veineuse est un véritable problème socio-économique dans le monde du travail.
Selon l’Insee, 18 millions de français souffrent de maladie veineuse, et les femmes sont les plus touchées. Dans le monde du travail, on estime que 40% des salariés sont atteints d’insuffisance veineuse des membres inférieurs (dont 83% de femmes). Dans certaines professions, cette prévalence dépasse les 80% 1 ; c’est le cas par exemple chez les infirmières de bloc opératoire et les blanchisseuses.
Les femmes sont par nature plus exposées à l’insuffisance veineuse, car elles peuvent cumuler plusieurs facteurs de risque individuels : hérédité, hormones, grossesses. Mais elles exercent aussi plus souvent des professions qui les exposent à des facteurs de risque favorisant ou aggravant l’apparition de la maladie veineuse. Ces nombreux facteurs de risque sont aujourd’hui bien identifiés. Ce sont avant tout les stations debout prolongées, le fait de piétiner, d’être exposé à des températures élevées de travail, de porter des charges supérieures à 10 kg. A moindre échelle, les postures penchées en avant, accroupies ou à genoux, les stations assises prolongées, et le fait de ne pas être assis bien au fond de son siège sont aussi incriminés pour entraver le retour veineux en particulier.
Parmi tous ces facteurs de risque, quelle est la part de responsabilité de chacun d’entre eux, et quel est leur poids par rapport aux facteurs de risque personnels ? En étudiant l’impact respectif de tous les facteurs sur l’apparition des varices, on réalise que 70% de ceux-ci sont imputables au travail debout. Il peut en outre recouvrir l’exposition à d’autres facteurs de risque généralement liés au travail debout (manutention de charges, travail dans une atmosphère chaude et humide). Le poids des variables personnelles est donc très nettement inférieur à celui des variables professionnelles : 30% contre 70%… Aujourd’hui, les facteurs de risque professionnels ne peuvent plus être considérés comme des facteurs accessoires. Ce sont de véritables facteurs indépendants, capables de déclencher à eux seuls l’insuffisance veineuse et les varices. Chez les salariés travaillant debout, on peut ainsi hiérarchiser les différents facteurs de risque.
Les professions les plus touchées sont celles où entrent en jeu des facteurs exposants, en premier lieu le travail debout. Ce sont les coiffeurs et toutes les professions de la coiffure, les infirmières, notamment en bloc opératoire, les aides maternelles et puéricultrices en crèches, les blanchisseuses, et les hôtesses de l’air, soumises en plus aux variations de pression extérieure. De façon générale, ce sont les catégories socio-professionnelles les moins aisées qui souffrent le plus d’insuffisance veineuse 2.
Les conséquences de l’exposition à ces risques professionnels peuvent aujourd’hui être chiffrées, évaluées de façon objective. La prévalence des varices a été estimée après 20 ans d’exposition aux facteurs de risque. Les femmes travaillant debout en atelier ont ainsi 3 fois plus de risque de souffrir de varices que celles travaillant assises, tout étant égal par ailleurs (sexe, âge, et durée d’activité). Pour les hommes, ce risque relatif est multiplié par 6. Pourtant, les hommes sont beaucoup plus résistants face à l’insuffisance veineuse… Mais ils sont plus exposés : ils travaillent plus souvent debout, manutentionnent plus de charges, et piétinent plus autour d’un poste.
Face à l’influence indiscutable des conditions de travail, il faut souligner l’importance du rôle du médecin du travail. Car en connaissant tous ces facteurs de risque, il est souvent facile de repérer les victimes potentielles de l’insuffisance veineuse. Soulignons aussi l’importance de la réflexion sur le coût économique et social, tout aussi indiscutable, de la maladie veineuse.
1 : A.Sobaszec, Arch mal prof, 1996, 57, n°3, 157-167
2 : Etudes de C. Lepen, 1993
Hélène Jolly