Le
forum en témoigne : vos questions sur l’insuffisance
veineuse, les varices, les scléroses ou encore la chirurgie
sont multiples. Le Dr Philippe Blanchemaison, phlébologue, se
propose de répondre aux plus fréquentes. Points de repères
autour de 5 thèmes :
1. varicosités et sclérose
2. quelles activités avec une insuffisance veineuse ?
3. pilule et jambes lourdes
4. chirurgie des varices
5. le lymphœdème
Le lymphœdème est une forme de rétention d’eau qui se traduit par un œdème (c'est-à-dire un gonflement) du pied, de la cheville ou de la jambe. Ses deux principaux signes cliniques sont l’atteinte des orteils et la présence de plis cutanés, notamment au niveau des malléoles à la cheville. Normalement, un œdème d’origine veineuse peut toucher le dos du pied, les chevilles et les jambes, mais respecte les orteils.
Les causes sont nombreuses (des parasites comme les stilaires peuvent
par exemple entraîner un lymphœdème) mais en France,
les trois principales sont les suivantes :
-une maladie congénitale des vaisseaux lymphatiques telle la maladie
de Meije ou la maladie de Mileroi. Dans ce cas, le lymphœdème
apparaît dès l’enfance.
-un traumatisme des ganglions lymphatiques, par exemple en cas de curetage
des ganglions de l’aine après un cancer de l’utérus,
ou bien de radiothérapie sur les zones ganglionnaires.
-certains lymphœdèmes sont dits fonctionnels, c'est-à-dire
qu’ils sont la conséquence d’un œdème
veineux évolué. Après plusieurs années d’œdème
veineux, les vaisseaux lymphatiques auront une surcharge de travail pour évacuer
l’excédent d’eau et se retrouveront eux-mêmes
en insuffisance. On parlera alors d’œdème veino-lymphatique.
Le lien existe en cas d’œdème veino-lymphatique. Dans
le fonctionnement normal de notre circulation, le lien entre vaisseaux
lymphatiques et veines est déjà très étroit.
En effet, au niveau des capillaires sanguins (les micro-vaisseaux qui
nourrissent nos cellules), il existe un système de lavage des
cellules. Chaque jour, de l’eau sort des capillaires artériels,
lave nos tissus, nos cellules, puis est réabsorbée. Normalement,
toute l’eau qui sort doit être réabsorbée ;
les veines en réabsorbent 90%, les lymphatiques 10%. Mais lorsque
la circulation veineuse se fait moins bien, les veines ne sont pas capables
de faire tout leur travail et de réabsorber les 90 % d’eau.
Les lymphatiques ont alors la possibilité de venir à leur
secours et de réabsorber jusqu’à 30 % d’eau.
Jusque là l’équilibre est encore possible.
Mais si la mauvaise circulation veineuse s’aggrave, les vaisseaux
lymphatiques vont finir par être débordés et ne pourront
augmenter davantage leur charge. Lorsqu’il y a plus d’eau
qui sort que d’eau réabsorbée, un œdème
se forme ; on parlera ici d’œdème veino-lymphatique.
C’est pourquoi on est souvent amené à traiter la
circulation veineuse en cas de lymphœdème.
Le traitement associe des médicaments, la contention et des drainages mécaniques tels que le drainage lymphatique manuel ou l’aquadrainage lymphatique. Parmi les médicaments, on utilise des oligomères procyanidoliques et les médicaments dits « aquarétiques » tels l’ortosiphon, la prêle, la paliure, le piloselle, le bouleau, le fucus. Les diurétiques ne sont utilisés qu’en dernier recours, car s’ils sont plus efficaces, ils présentent des inconvénients à long terme au niveau des reins et du taux de potassium sanguin.
Il s’agit d’une méthode de massage qui a été proposée
au début du siècle dernier : la circulation lymphatique
est stimulée par des manœuvres d’appel et de résorption
effectuées par le kinésithérapeute. En cas de véritable
lymphœdème, ces séances peuvent être prescrites
sur ordonnance et remboursées. Généralement, une
vingtaine de séances est prescrite, à raison d’une à deux
séances par semaine, d’une durée minimum de 30 à 45
minutes.
En pratique, le thérapeute commence à drainer les ganglions
principaux au niveau de l’abdomen, du bassin et de l’aine.
Puis il stimule la circulation lymphatique tout le long de la jambe.
Le drainage lymphatique est une méthode passive, c’est la
main du kinésithérapeute qui travaille. La jambe peut regonfler
ensuite ; il est donc nécessaire de porter une contention.
Depuis septembre 2005, le drainage lymphatique effectué par des
machines de compression pneumatique (pressothérapie) donne lieu à remboursement
lorsqu’il est prescrit par un médecin.
Depuis longtemps, on sait que l’eau a une action extrêmement forte sur le drainage lymphatique. Plus récemment, une nouvelle méthode de drainage dans l’eau, appelée aquadrainage lymphatique, a montré son efficacité : il s’agit d’un drainage actif et non plus passif. Il peut être effectué dans une piscine chauffée de 28 à 30°, en effectuant des mouvements de gymnastique vasculaire active face à des jets d’eau sous-marins. Ces mouvements peuvent aussi être réalisés sur des bicyclettes aquatiques, toujours face aux jets. La résorption de l’œdème est favorisée à la fois par les jets d’eau qui exercent un drainage superficiel (comme la main du kinésithérapeute) et par les contractions musculaires profondes apportées par la gymnastique, qui accélèrent le pompage de l’œdème. Là encore, une contention est conseillée après les séances.
En cas d’insuffisance veineuse, la prévention de l’œdème veino-lymphatique passe par l’amélioration de la circulation veineuse. En cas de lymphœdème organique congénital ou secondaire à un traumatisme, il s’agit surtout de prévenir la survenue de poussées de lymphangite. Elles conduisent à un lymphœdème fibreux, impossible à résorber par la suite. En pratique, pour éviter la surinfection par lymphangite lorsque l’on souffre de lymphœdème, il faut protéger ses pieds : éviter un traumatisme du pied (en marchant pieds nus) ou une infection minime tel un intertrigo plantaire ou une mycose.
Hélène Jolly