Avec la grossesse, divers symptômes de maladie veineuse peuvent apparaître. Ces manifestations ne sont pas rares, mais elles restent heureusement accessoires dans la majorité des cas. Face à la femme enceinte qui présente un problème veineux, le gynécologue est le premier interlocuteur ; le regard du phlébologue ou de l’angiologue est plutôt demandé ensuite, lors du retour de couches.
La pathologie veineuse est souvent vécue comme un aléa de la grossesse. De nombreuses femmes en ont fait l’expérience, à des niveaux plus ou moins importants. Les manifestations sont en effet très variables en fonction des femmes, et pour une même femme, chaque grossesse peut être différente.
Toutes les veines de l’organisme subissent l’influence de
la grossesse et des bouleversements hormonaux qui l’accompagnent,
mais cela se manifeste surtout au niveau des veines des membres inférieurs,
de la vulve et de l’anus. La grossesse pourra ainsi s’accompagner
de différents symptômes : varices ou varicosités
des membres inférieurs, varices vulvaires dues à une dilatation
des veines du réseau périnéal, ou hémorroïdes
dues à une insuffisance du réseau veineux péri-anal.
Ces varices ne sont pas toujours gênantes ou douloureuses, mais
des douleurs peuvent apparaître au niveau des jambes. Certaines
femmes enceintes souffrent d’œdème, de lourdeurs diffuses
au niveau des jambes ou d’impatiences.
Les varices vulvaires surviennent dans 5 à 10% des deuxièmes
grossesses. « Avec les hémorroïdes, elles soulèvent
plus d’inquiétudes car elles peuvent être volumineuses
et douloureuses, et les femmes en ont souvent moins entendu parler »,
reconnaît le Dr Vincent Lucas, gynécologue-obstétricien.
Enfin, pendant la grossesse, le risque de thrombose veineuse est accru,
mais il reste cependant très rare (autour de 0,1% des grossesses).
Tout se construit généralement dans les premiers mois de
la grossesse. Pour le Dr Michel Schadeck, phlébologue, « la
grossesse va représenter un raccourci caricatural de maladie veineuse.
En un espace de temps très court, souvent au cours du premier
trimestre, on pourra avoir une idée de l’évolution
de la maladie veineuse pendant la grossesse. » Après ces
quelques mois, les signes physiques se stabilisent mais les symptômes
et les douleurs peuvent augmenter.
Si cela vaut principalement pour les varices des membres inférieurs, « les
plus importantes varices vulvaires apparaissent souvent au 3ème
trimestre, constate le Dr Vincent Lucas. Elles sont parfois découvertes
par la patiente, qui s’inquiète de sentir une boule au niveau
de la vulve. » De même, les poussées hémorroïdaires
surviennent plutôt en fin de grossesse, voire au moment de l’accouchement
et après. Après l’accouchement, certaines varices
vont régresser spontanément ; c’est surtout le cas
pour les varices vulvaires et pour les varices des membres inférieurs
très marquées, qui peuvent s’estomper en 24 à 48
h.
Pour protéger les parois veineuses des femmes enceintes, les médecins
ont à leur disposition les médicaments phlébotropes
(veinotoniques) et la contention élastique médicale. Les
phlébotropes sont surtout utilisés en cas de douleur ;
ils peuvent être prescrits sans risque pour le bébé quelque
soit le stade de la grossesse. S’il n’y a pas de douleurs,
les bas ou collants de contention sont souvent plus adaptés. Les
conseils d’hygiène restent les mêmes : il faut surélever
les jambes en cas d’œdème, se méfier des stations
debout prolongées et éviter le soleil sur les jambes.
Si la femme était suivie pour des scléroses de varices
avant la grossesse, le traitement sera en général suspendu
pendant la grossesse, car il n’est pas très utile. En revanche,
le médecin n’hésitera pas à scléroser
la veine s’il y a un risque de complications (éclatement
de la varice) : il n’y a aucun risque pour le bébé.
De même, si les varices vulvaires sont douloureuses, le médecin
pourra envisager une microsclérose.
Les hémorroïdes sont aussi traitées par des veinotoniques
et des traitements locaux. « La plupart du temps, ces traitements
suffisent, constate le Dr Lucas. Mais s’il y a un risque de complications
sous forme de thrombose veineuse, le chirurgien proctologue pourra faire
une petite intervention. » Ces complications surviennent le plus
souvent après l’accouchement. « Pour les thromboses
veineuses, il faut être vigilant jusqu’au 10-12ème
jour pour les femmes ayant des risques connus », complète
le Dr Schadeck.
Pendant et après la grossesse, le gynécologue est l’interlocuteur
principal de la femme enceinte. Il va gérer les symptômes
de maladie veineuse et pourra prescrire une contention ou des phlébotoniques. « Pour
le gynécologue, l’insuffisance veineuse de la femme enceinte
est un problème quasi-quotidien, explique le Dr Lucas. Il ne doit
pas pour autant le négliger… » C’est un épisode
qu’il gère en général seul : « pendant
la grossesse, le gynécologue n’envoie que très rarement
ses patientes chez le phlébologue, sauf en cas de complications
pour rechercher des évènements veineux profonds comme une
thrombose ou une phlébite. »
La visite post-natale est l’occasion de faire un état des
lieux, de voir si les symptômes ont régressé. « C’est à ce
moment que le gynéco peut orienter vers le phlébologue
pour avoir un avis plus éclairé », remarque le Dr
Lucas. Le phlébologue ou l’angiologue va alors regarder
la qualité du réseau veineux sous-jacent grâce à l’écho-doppler,
pour voir s’il n’existe pas une maladie veineuse plus profonde
et pas encore visible. Au besoin, il mettra en place une prévention
adaptée, pour qu’à la prochaine grossesse, certains évènements
désagréables soient évités.
Avec l’âge, les problèmes veineux au cours de la
grossesse sont souvent plus importants, ou plus douloureux. L’âge
des maternités est un problème qui préoccupe à la
fois les gynécologues et les phlébologues, car s’il
continue d’augmenter, les problèmes veineux pendant la grossesse
risquent d’empirer.
Hélène Jolly