Hémosidérine urinaire : un nouveau marqueur pour évaluer la sévérité de la maladie veineuse chronique

L’hémosidérine, pigment protéique normalement présent dans les globules rouges, peut être retrouvée dans les urines en cas d’insuffisance veineuse chronique. Selon une étude originale, le dosage de cette protéine dans les urines semble être un élément représentatif et objectif, qui pourrait être d’une grande valeur pour évaluer la sévérité de la maladie veineuse.

La détérioration de la circulation veineuse, facteur constant dans l’insuffisance veineuse chronique, entraîne une surcharge veineuse au niveau des micro-vaisseaux. Celle-ci est responsable d’un phénomène appelé diapédèse des érythrocytes : les érythrocytes (globules rouges) traversent les vaisseaux et se retrouvent dans les tissus. Cette diapédèse est suivie d’une destruction des globules rouges à l’extérieur du vaisseau, à l’origine d’un dépôt caractéristique d’une protéine contenue dans les globules rouges : l’hémosidérine. Ce pigment insoluble constitue une manière de stocker le fer dans l’organisme. Les auteurs ont fait l’hypothèse que l’hémosidérine, normalement absente dans les urines, pourrait s’y trouver chez les patients atteints de maladie veineuse chronique sévère, c’est-à-dire qui présentent une insuffisance veineuse chronique.

Méthodes

La recherche d’hémosidérine a été effectuée sur un échantillon de 10 ml d’urines des 24 h centrifugé, puis coloré avant analyse microscopique. Dans la première phase de leur étude, des étudiants sans anomalie veineuse ont servi de groupe témoin et 24 patients appartenant aux classes 1 à 3 de la classification CEAP (groupe 1) ont été comparés à 25 patients appartenant aux classes 4 à 6 de la CEAP (groupe 2) 1.

Résultats

Lors de cette phase de l’étude, les tests d’hémosidérine urinaire étaient négatifs chez tous les témoins, mais positifs chez 7 des 24 patients du groupe 1 et chez 23 des 25 patients du groupe 2. La présence d’hémosidérine urinaire est donc corrélée à la présence d’une insuffisance veineuse chronique de façon suivante : valeur prédictive positive 96 %, valeur prédictive négative 88 %, sensibilité 94 % et spécificité diagnostique 95 %.

Si l’on établit un score basé sur la concentration d’hémosidérine urinaire, on peut alors classer par ordre d’importance l’insuffisance veineuse chronique estimée au plan clinique. Il a été relevé une forte corrélation positive entre les classes élevées de la classification clinique de la CEAP et les taux d’hémosidérine urinaire.

Lors d’une seconde étude de 23 patients souffrant d’insuffisance veineuse primaire superficielle au niveau d’une jambe et opérés, un dosage de l’hémosidérine urinaire a été pratiqué après 6 mois de suivi. Une amélioration significative du score d’hémosidérine a été obtenue chez tous les patients sauf deux. L’un de ces 2 patients présentait une récidive à la jonction saphéno-fémorale (jonction entre la grande veine saphène – ou veine saphène interne, veine superficielle – et la veine fémorale, veine profonde). L’autre patient présentait un reflux veineux profond qui n’avait pas été amélioré par la chirurgie des varices.

Discussion

Les résultats de ces chercheurs pourraient être d’une grande valeur dans l’évaluation de la maladie veineuse chronique. Le C de la classification CEAP, qui définit les signes cliniques, permet dans une certaine mesure d’apprécier la sévérité clinique de la maladie veineuse chronique. Cet élément a été amélioré par l’adjonction du score de sévérité clinique veineuse. Néanmoins, il existe pour ce score une certaine variabilité intra et inter-observateur, qui affecte sa fiabilité.

Le test de l’hémosidérine semble quantifier de façon plus objective la sévérité de la maladie veineuse chronique. Dans ses formes les plus sévères, c’est-à-dire dans l’insuffisance veineuse chronique, les résultats du test de l’hémosidérine apparaissent concordants. Il serait intéressant de savoir si l’accumulation clinique d’hémosidérine est corrélée positivement avec les scores de sévérité clinique. Cette nouvelle méthode semble non invasive, reproductible et d’un bon rapport coût/efficacité pour classer la maladie veineuse chronique et l’insuffisance veineuse chronique.

1 : voir Classification CEAP (lien hypertexte)

Article original : Zamboni P, Izzo M, Fogato L, Carandina S, Lanzara V., J Vasc Surg. 2003;37:132-136.

Résumé et commentaire : Bergan JJ, MD, La Jolla, Californie